Ce que la majorité a publié — et ce qu’elle ne nous a pas montré

Dans le dernier Trait d’Union, la majorité municipale répond à notre tribune sur la hausse des impôts locaux. Sa réponse mérite d’être lue attentivement. Non pour ce qu’elle dit, mais pour ce qu’elle révèle.

Des simulations qui existaient — mais que les élus n’ont jamais vues

La tribune de la majorité présente des simulations précises : l’impact de la hausse pour une valeur locative de 1 500 €, de 2 000 €, de 2 500 €. Des chiffres détaillés, une analyse fine, une décision qui, nous dit-on, « n’a pas été prise à la légère ».

Nous en prenons acte. Et nous posons une question simple :

pourquoi ces simulations n’ont-elles pas été communiquées aux conseillers municipaux avant le vote ?

Rappelons les faits. Le 28 avril 2026, les élus ont été convoqués pour délibérer sur les taux d’imposition. Aucun document préparatoire ne leur a été transmis sur ce point : ni les taux envisagés, ni le produit fiscal attendu, ni la moindre simulation. La convocation indiquait seulement que les taux seraient « débattus en séance ».

En séance, les nouveaux taux ont été annoncés oralement, pour la première fois. La seule justification exposée a tenu en deux formules : le « contexte actuel » et « la discussion qu’on a eue en commission finance » — une commission qui ne réunit qu’une partie des conseillers municipaux. Puis, aussitôt : « Y a-t-il des questions ? Non ? Qui est contre ? »

Le vote a suivi immédiatement. Nous avons voté contre.

Aujourd’hui, la majorité publie dans le magazine municipal les analyses chiffrées dont elle disposait. Elle démontre ainsi, par sa propre tribune, qu’elle avait le matériau. Elle a simplement choisi de ne pas le donner à ceux qui devaient voter.

Ce n’est pas un détail de procédure. C’est le droit à l’information des élus, garanti par le code général des collectivités territoriales — et, à travers eux, le droit des Bachamois à ce que leurs impôts soient votés en connaissance de cause.

Le chiffre que la majorité ne cite pas : près de +20 % de taux en deux décisions

La majorité convertit la hausse en mensualité : environ 8,50 € par mois pour une valeur locative de 2 500 €.

Le procédé est habile. Découpé en douze, tout paraît petit. Mais il escamote l’essentiel : 2026 ne tombe pas sur des impôts inchangés depuis longue date.

En 2024, le conseil municipal avait déjà augmenté les taux communaux de 10 %. En 2026, il les augmente de 9 % supplémentaires. Ces deux décisions se cumulent :

10 % en 2024, puis 9 % en 2026 : près de 20 % d'augmentation des taux communaux en deux décisions du conseil municipal.

Soyons précis sur les responsabilités, car deux mécanismes distincts se superposent.

Ce qui relève du conseil municipal : les taux. Ce sont les 10 % de 2024 et les 9 % de 2026. Ces décisions ont été prises ici, à Baccarat, par la majorité municipale. Elles n’ont été imposées par personne.

Ce qui n’en relève pas : les bases. Les valeurs locatives, qui servent d’assiette au calcul, sont revalorisées chaque année au niveau national : +3,9 % en 2024, +1,7 % en 2025, +0,8 % en 2026. Le conseil municipal n’en décide pas — nous ne le lui reprochons donc pas.

Mais il pouvait en tenir compte. La loi permet expressément aux communes d’abaisser leurs taux pour neutraliser tout ou partie de la revalorisation des bases. C’est une faculté que rappelle l’Association des maires de France elle-même. Baccarat a fait l’inverse : elle a ajouté une hausse de taux à une revalorisation déjà acquise.

Le résultat, pour le contribuable, est la combinaison des deux. Une part communale de taxe foncière qui s'élevait à 1 000 € en 2023 en atteint aujourd'hui environ 1 277 € — soit près de +28 % en trois exercices.
Voilà le chiffre qui manque à la tribune de la majorité. Il ne se voit pas quand on découpe l’augmentation en mensualités.

La vraie question : pourquoi 9 % ?

La majorité invoque « l’augmentation durable des charges » et la nécessité de « préserver la capacité d’investissement ». Ce sont des formules. Elles n’expliquent pas pourquoi le taux retenu est de 9 %, et pas de 4 %, ou de 12 %.

Personne, à ce jour, n’a expliqué comment ce chiffre a été construit. Aucun document ne l’a justifié devant le conseil municipal. Nous continuerons à poser la question, parce qu’elle est légitime : les Bachamois ont le droit de savoir ce qu’ils paient, et pourquoi.

Nous ne contestons pas qu’une commune doive équilibrer ses comptes. Nous contestons qu’on demande à des élus de voter une hausse de 9 % sans leur donner de quoi la comprendre — puis qu’on explique aux habitants, après coup, que tout avait été soigneusement pesé.

Une décision qui n’a pas été prise à la légère aurait dû être présentée avec les documents qui le prouvent. Avant le vote. Pas après.

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